Image des universités et communication de crise

Mardi 7 avr 2009 | Politique

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Un récent article du Monde ( » Les facs mobilisées voient leur image se dégrader » 31.03.2009) évoque les dommages d’un mouvement tel que celui qui dure depuis plusieurs semaines pour les universités. Baisse d’effectifs étudiants, défiance des partenaires, rupture de convention avec les universités étrangères et, peut-être ce qu’il y a de pire, instauration d’une image dépréciative dans les esprits.

Je m’apprêtais à commenter cet article et lister quelques conseils  à destination des universités pour améliorer leur image quand j’ai découvert une note publiée sur le blog universités en lutte attaquant violemment le journal Le Monde et tout particulièrement cet article. Ce qui m’a frappé ce n’est pas que l’on puisse contester la justesse d’un article de presse mais plutôt la mauvaise foi habillée de vernis scientifique qui sert à nier la « corrélation entre  la mobilisation actuelle [...]et les variations d’effectifs de trois universités ». Pourtant, comment nier l’évidence ?

L’auteur de l’article semble vivre dans un monde :

  • où la concurrence avec l’offre de formation supérieur privée et/ou public (bts, prépas…) n’existe pas.
  • où le passage dans l’enseignement supérieur ne génère aucun stress et inquiétude dans les familles mais relèvent d’un choix facile et logique.
  • où le bouche à oreille sur la réputation (vraie ou fausse) de telle université n’existe pas. (certains groupes d’étudiants sur Facebook sont éloquents à ce sujet : « Rennes II n’est pas une fac, c’est un concept« , « Ils en sont où avec les grèves à Rennes 2 Villejean? » )

Oui l’université française dans son ensemble ne jouit pas d’une image positive et attractive. Les raisons sont nombreuses.  Certaines d’entre elles ont un lien très direct avec les séquences de mobilisation telles que nous venons d’en vivre : pas de cours pendant plusieurs semaines, blocages (et détériorations ) de bâtiments, enseignants n’assurant pas leurs cours mais ne se déclarant pas (pour une majorité) grévistes, votes dont les résultats sont perpétuellement contestés …( lire à ce propos : « Universités : les grèves à Rennes-II font chuter les inscriptions« ).

Et ce qui fait le plus de dégâts ce ne sont pas les mobilisations elles-mêmes se sont sans doute leur gestion et la communication. Garant de son image et de sa réputation, sans chercher à atténuer la portée d’un mouvement de revendication ou une mobilisation, l’institution universitaire devrait pouvoir en période de crise, accompagner, donner du sens et rassurer.

Voici 3 actions à mettre en place pour atténuer les dégâts d’image en pareille situation :

- informer : en période de crise les médias n’ont aucune difficulté à être intéressés par l’université. Leur fournir quotidiennement des chiffres officiels sur la mobilisation et des informations objectives et neutres sur ces conséquences est le meilleur moyen de garder la maitrise de l’information.

> ne pas le faire ? Principal risque : des chiffres extravagant sur le nombre de personnes impliquées, des rumeurs propulsées au rang d’information sur la tenue des cours…. Perdre sa crédibilité au moment où l’université a des messages importants à faire passer.

> outils (par ordre d’importance) : Relations presse, page d’accueil du site web, mailing, réseaux sociaux (facebook), twitter.

- rassurer : apporter quotidiennement des réponses précises aux questions des étudiants et de leurs parents (pourquoi les cours n’ont-ils pas lieu, comment va s’organiser le rattrapage des cours, dans quelles conditions vais-je pouvoir passer mes examens, pourrais-je boucler mon dossier pour étudier à l’étranger à temps…)

> ne pas le faire ? Principal risque : donner l’image qu’il n’y a pas de pilote dans l’avion, créer un sentiment d’insécurité qui amènerait des étudiants à se détourner de l’université l’année suivante.

>outils (par ordre d’importance): site web, mailing, RP,

- lancer une campagne de recrutement : le mouvement de protestation dans les universités cette année s’est développé à une période clef en matière de choix d’orientation pour les familles. De très nombreuses portes ouvertes dans les universités ont été perturbées, ou annulées. Or pour nombre d’établissements, c’est LE moment de communication grand public de l’année. Il ne faut donc pas hésiter, avant la fermeture des inscriptions post-bac à lancer une campagne de communication voire à réitérer des portes ouvertes.

> ne pas le faire ? Principal risque : ne pas atténuer les stratégies de contournement de l’université, ne pas contrebalancer l’image négative diffusée lors du mouvement, ne pas mettre fin aux ouï-dire, laisser s’installer une image négative globale.

>outils (par ordre d’importance): évènementiel, achat d’espaces (print & web), campagne de com’, RP.

Cela semble tomber sous le sens pourtant, nombreuses sont les universités qui faute de culture « communication », de moyens ou de savoir-faire, pour ne pas avoir accompagné cette crise en matière de communication risquent de subir d’importants dégâts d’image.

A lire sur le sujet :

- « Inscriptions post-bac : l’université devrait pâtir des deux mois de mobilisation » (Educpros)

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2 Commentaires à Image des universités et communication de crise

Rémy
7 avril 2009

Ce petit tutoriel de communication est une bonne idée, mais il ne prend pas en compte les contraintes qu’implique un mouvement étudiant.

En effet, pour les membres d’un tel mouvement, toute communication minimisant la mobilisation est une communication qui vise à détruire le mouvement.

Et si une université se met à communiquer sur la manière dont se déroule le mouvement, avec des chiffres plus crédibles que ceux annoncés, elle risque au passage de perdre tout moyen de dialoguer avec les meneurs de la mobilisation et donc de contenir le mouvement. Et un président qui perd le contact avec le mouvement ou qui se le met à dos risque de voir ses services occupés ou réquisitionné assez rapidement.

L’université aura alors bien du mal à communiquer efficacement lorsque son service de com. aura été mis dans l’incapacité de travailler.

La communication de l’Université doit donc essayer de jouer sur les deux tableau, de la manière la plus réfléchie qui soit, en marchant sur un fil.

Pour plus d’infos sur comment se déroulent ces mouvements:
http://agetudiante.hautetfort.com/

Alain
22 avril 2009

Je viens de prendre connaissance de votre article et de vos réflexions tout à fait pertinentes portant notamment sur l’incompétence des « patrons » de facs à mettre en oeuvre le B-A BA de la communication de crise. Je partage votre analyse sur le préjudice irrémédiable que cela risque de causer à l’image de certaines facs (celles qui disposeraient encore d’un certain crédit !) et je vous engage, à ce titre, à prendre connaissance de l’article paru dans le Figaro économie daté de ce jour (22 avril) évoquant les trésors d’imagination dont font preuve les plus grandes universités américaines pour séduire les meilleurs étudiants.

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